LES MONNAIES CARNUTES.

Les Carnutes sont l'un des peuples les plus importants et les plus puissants de la

Gaule indépendante. Leur territoire s'étend entre Seine et Loire, dans la région de la

Beauce, sur l'Orléanais, le Blésois et le pays chartrain. La majeure partie de l'actuel

département du Loiret (chef-lieu, Orléans) est carnute. A l'est du département

commençait le territoire des Sénons.

La Gaule est toute entière celtisée vers 250 avant J.C. .Les populations de langue

celtique, qui occupaient depuis au moins trois millénaires l'Europe intérieure, ont

connu une large extension, et sont alors implantées de l'Atlantique à l' Oural.

Les Carnutes formaient le centre géographique de la Gaule et, bien avant le début

de la Guerre des Gaules, les marchands romains connaissaient le chemin de

Genabum (Orléans), alors un grand centre commercial.

Genabum, bien situé sur la Loire, constituait le centre de l'activité économique des

Carnutes, mais il semble que leur principal oppidum ait été Autricum (Chartres).

Les Carnutes étaient réputés pour leur forêt consacrée où se tenait chaque année,

à date fixe, l'assemblée des druides des différents peuples celtes de la Gaule (ce lieu

n'est pas identifié).

 

Les Carnutes et leurs voisins:

Au nord les Parisis (Paris)

A l'est les Sénons (Sens)

Au sud les Bituriges (Bourges)

A l'ouest les Turones (Tours)

Au nord-ouest les Aulerques-Eburovices (Evreux)

 

En 58 avant J.C., Jules César envahit la Gaule avec ses légions romaines. En 57, il

hiverne chez les Carnutes et leur impose comme roi Tasgetios, qui sera assassiné trois

ans plus tard .

 

Début 52, les Carnutes massacrent les colons et les marchands romains de

Genabum. César vient assiéger la ville , la pille et l'incendie. Cet épisode marque le

début du soulèvement de toute la Gaule. La même année, les Carnutes fournissent un

contingent de 12000 hommes à l'armée de secours rassemblée pour dégager Alésia

assiégée par les Romains. En 51, la Gaule est définitivement soumise.

 

Les Celtes commerçaient de longue date avec les cités grecques et étrusques de la

Méditerranée. Ainsi, à la faveur du commerce de l'étain et de l'ambre, dont ils

disposaient, les premières monnaies à circuler dans le monde celtique- et donc en

Gaule- sont les statères de Philippe II de Macédoine, courantes dans tout le monde

hellénistique dès le IIIe siècle avant J.C.

Les Celtes, à leur tour, vont créer leur propre monnayage. S'ils s'inspirent sur bien

des points des monnaies grecques - modèle des statères en or ou en électrum,

drachmes d'argent, bronzes..., buste sur l'avers, emblèmes variés au revers - , ils

affirment d'emblée leur propre style et ainsi, leur autonomie. Ils s'approprient les

images en leur donnant une nouvelle signification, qui ne nous est guère accessible ,

et peut inspirer diverses interprétations. Il semblerait que nombre d'images soient en

rapport avec la course des astres (formes géométriques) et, bien sûr, avec une

représentation symbolique de leurs divinités (formes animales).

Parmi la production de monnaies en bronze gauloises, on distingue une catégorie

de pièces, les potins, qui ne sont pas frappées, mais coulées dans un moule.

Les monnaies carnutes présentent toutes les caractéristiques des monnaies

gauloises. Avant d'en examiner quelques-unes, notons la découverte récente, lors de

fouilles archéologiques, d'un atelier monétaire gaulois au coeur de Genabum, près de

la Loire. Cet atelier produisait des bronzes carnutes aux IIe et Ier siècles avant J.C.

(AC). Notons également que certains statéres d'or entaillés sont réputés provenir du

territoire des Carnutes ; l'entaille étant supposée être en lien avec l'activité druidique.

 

Présentation de quelques monnaies carnutes.

L'aigle est souvent représenté sur les monnaies carnutes

. L'association aigle et serpent y est aussi fréquente.

 

Bronze AREMAGIOS « aux oiseaux et au serpent », avant 52 AC.

Avers (image de droite)/ Tête de profil, tournée à droite ; devant le visage, la rare

légende AREMAGIOS ; grènetis.

Revers/ Aigle attaquant un serpent à droite ; sous l'aigle, un aiglon ; l'aigle est

accosté d'un pentagramme et d'une croisette bouletée cantonnée de points.

 

Bronze à l'aigle et à la croisette, c. 52 AC.

Ce type de bronze est rare, et il se rencontre à Orléans, dans le Loiret (S.Scheers).

Anépigraphe (ne portant pas d'écriture)

Avers(image de droite)/Tête à droite, chevelure schématisée en 4 mèches ondulées

qui encadrent le visage, aux extrémités triangulaires globulées

Revers/ Aigle de profil à droite, avec derrière la tête un pentagramme et devant,

une croix pointée cantonnée de quatre globules.

 

Bronze au loup , c. 40-60 AC.

Anépigraphe

Avers/ Tête très stylisée à droite, quatre tresses en arrière reliées par des traits,

ornements en forme de petits torques ; grènetis

Revers/ Loup à gauche, la gueule ouverte, la langue sortie ; un astre entre

les pattes ; au-dessus du loup, pseudo-légende (ou autre animal?); grènetis

 

Bronze à l'aigle et à la rouelle, c. 52 AC.

 

Anépigraphe

Avers (image de droite)/ Tête stylisée à droite avec l'oeil triangulaire et les mèches

de cheveux relevées en courbes parallèles ; grènetis.

Revers/ Aigle debout à droite, les ailes déployées ; rouelle à gauche de la tête ;

à droite, ligne chevronnée le long du grènetis.

 

Bronze PIXTILOS au cavalier , c. 40-30 AC.

 

 

Avers/ PIXTILOS Tête masculine à droite, chevelure complexe avec plumier et

cimier ; volutes suivant la ligne des cheveux et du cou ; légende en partie visible.

Revers/ cavalier ou cavalière ailé(e) à droite, semblant être nu(e), tenant un bâton

fourchu de la main droite ; les rênes se prolongent après le mors en volute ;

autre volute au-dessous du cheval

 

MCS